Un charcutier prisé dans toute l’Asie

Nous rencontrons Dominique Boivin suite à notre rencontre avec Pascale et Michel Sebban. Il nous inviteEntreprendre en Asie - Dominique Boivin - Charcutier médaillé à participer aux mardis du foie gras dans son commerce, le terroir 69 : occasion pour quelques francophones de la ville de se retrouver chaque semaine autour d’un morceau de foie gras. Nous acceptons avec grand plaisir et commençons l’interview de bon matin avec de la baguette fraiche et du foie gras, avant d’enchainer avec son célèbre pâté maison !

My Little Big Trip : Bonjour Dominique, peux-tu nous raconter comment es-tu devenu entrepreneur en Asie? Comment as-tu été amené à ouvrir une boucherie dans la capitale du Cambodge ?

Dominique : Tout ça a commencé il y a bien longtemps ! Tout d’abord, j’ai commencé ma carrière en France. J’ai été 12 ans à mon compte. J’avais contracté un prêt sur 7 ans quej’ai fini de le payer en 1992. Malheureusement, quand j’ai eu fini de payer, le déclin commençait chez les commerçants de proximité à cause de l’arrivée des supermarchés. J’étais excentré de la ville, il n’y avait donc pas beaucoup de passage dans mon village. Il s’est peu à peu vidé et au bout de quelques temps, il ne restait plus que moi et le boulanger !

MLBT : Ça a été l’élément déclencheur pour te faire quitter le pays ?

Dominique : En partie. En plus de cela, j’ai divorcé et quand j’ai réalisé que le gouvernement ne voulait pas aider le village à protéger les commerces de proximité, j’ai décidé de partir. J’ai bien fait puisqu’en 1994, il n’y avait plus aucun commerce dans mon village. Je suis parti en Afrique, au Mali.

Entreprendre en Asie - Dominique Boivin - Charcutier médailléMLBT : En Afrique ??? Mais tu as eu une opportunité professionnelle ?

Dominique : En fait, j’ai un ami qui m’a parlé du Mali, j’y suis allé et j’y suis resté de 1995 à 2003. Je travaillais pour le plus grand supermarché du Mali et pour des succursales à travers tout le pays. Ensuite j’ai travaillé à Gao dans le Nord du Mali pendant 1 an et j’ai rencontré un homme qui avait des restaurants au Gana. Il m’a proposé de venir former son personnel. J’ai terminé mon périple en Afrique par le Burkina et ensuite j’ai eu une opportunité à Hanoï, au Vietnam.

MLBT : Hé ben ! On peut dire que tu as eu la bougeotte à partir du moment où tu es parti ! Comment as-tu eu cette opportunité à Hanoï ?

Dominique : J’étais en France à ce moment-là, je travaillais pendant l’été pour une boite d’intérim car l’été, en France, tout le monde part en vacances et il y a beaucoup de travail. J’ai répondu à une annonce internationale, on m’a rappelé. Après que l’on se soit mis d’accord sur les termes du contrat, l’entreprise m’a proposé de me payer mon billet d’avion et je suis parti pour Hanoï.

MLBT : Mais Hanoï, c’est au Vietnam… Ça ne nous explique pas ton arrivée au Cambodge…

Dominique : Pour tout vous dire, ça ne s’est pas très bien passé avec cet employeur. Il m’a payé les 2 premiers mois et ensuite il m’a demandé d’attendre car il avait un problème de trésorerie qui serait « bientôt réglé ». J’ai accepté de patienter. Sauf qu’au bout de 6 mois,Entreprendre en Asie - Dominique Boivin - Terroir 69 il m’a annoncé qu’il mettait les clefs sous la porte et que je n’aurais rien.

MLBT : Tu n’avais aucun recours pour récupérer ton argent ?

Dominique : Non. Vous savez, quand on est à l’étranger, et d’autant plus hors de l’Europe dans des pays en voie de développement, on n’a pas vraiment de protection. Il faut être vigilant pour ne pas se faire avoir. Là je me suis retrouvé sans rien. J’avais même pris sur mes économies.

MLBT : Comment t’es-tu retourné ?

Dominique : J’ai été obligé de retourner en France pour gagner de l’argent. Au bout de 6 mois, je suis revenu à Hanoï, j’avais aimé cette ville et j’avais gardé des contacts. Là-bas j’ai rencontré un homme, Gilbert, qui avait quelque chose pour moi. Je suis passé le voir à son bureau et il m’a demandé quelles étaient mes intentions. Je lui ai expliqué que si je ne trouvais pas de travail rapidement, je rentrerai en France. Gilbert avait  l’intention de monter un projet qui nécessitait mon savoir-faire en tant que boucher-charcutier. Il avait besoin de moi et m’a proposé de me payer 2000$ par mois. Le seul souci était que le commerce n’était pas encore construit.

MLBT : Tu es donc resté sans activité et sans revenu pendant le temps de la construction ?

Dominique : Non, il avait bien compris que je ne resterai pas si je n’avais pas de revenu donc il m’a proposé de payer 1000$/mois en attendant l’ouverture et j’aurai les autres 1000$ (pour arriver à 2000$ par mois comme convenu) lorsque le commerce ouvrirait. Ça a duré plus d’un an.

Entreprendre en Asie - Dominique Boivin - Terroir 69MLBT : Ça c’était une bonne affaire ! Tu n’avais donc rien à faire mais tu gagnais de l’argent ?

Dominique : Disons que j’essayais tout de même de trouver des clients et d’avoir des contrats pour l’ouverture du magasin. L’idée était d’anticiper le carnet de commandes. Néanmoins, j’avais quand même beaucoup de temps libre. Au bout d’un moment j’ai dû sortir du pays pour renouveler mon visa. J’avais un ami à Phnom Penh, je suis donc allé le voir.

Une fois sur place j’ai rencontré pas mal de personnes. Au moment de repartir à Hanoï, l’une des personnes que j’ai rencontrées, un français originaire de Dijon, m’a proposé de monter une charcuterie à Phnom Penh. Avant d’accepter, je suis allé voir mon employeur à Hanoï, je lui ai expliqué la situation et je lui ai dit qu’il pouvait arrêter de me payer pendant le temps où je travaillais à Phnom Penh.

MLBT : Donc tu as complètement abandonné son projet ?

Dominique : Pas exactement, je travaillais juste pour quelqu’un d’autre en attendant que le commerce à Hanoï puisse ouvrir et ensuite je serai retourné travailler pour Gilbert. En attendant on a ouvert le premier « Terroir ». J’ai essayé d’appeler Gilbert quelque temps plus tard pour savoir où il en était. Impossible de le joindre. Un jour, je demande à un de mes amis de passer le voir, il m’apprend que Gilbert a été retrouvé mort empoisonné !

MLBT : Ça a dû te faire un choc ! Tu es donc resté à Phnom Penh ?Entreprendre en Asie - Dominique Boivin - Terroir 69

Dominique : Tout à fait ! On a ouvert le « Terroir 69 » en 2010. Maintenant je suis donc basé à Phnom Penh, je livre et je fais de la formation. J’ai également été décoré de la Médaille du mérite !

MLBT : La médaille du mérite ? Pourquoi ?

Dominique : Il se trouve qu’on est décoré lorsqu’on représente bien la France. J’ai donc été récompensé pour la qualité de mes produits et le fait que je sois le seul charcutier en Asie. On fournit l’ambassade de France, d’Allemagne et du Japon à Phnom Penh ! Je fais toujours des formations au Vietnam et je pars travailler ponctuellement pour des restaurants qui ont des besoins spécifiques.

     Maxence Pezzetta

Category: Entrepreneurs
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