Elle monte son agence de meubles design

Nous rencontrons Marie dans sa boutique de design intérieur, Ynot, qui ressemble à la maison qu’on révérait tous d’avoir. Moderne et branchée avec vue sur le lac. Elle nous reçoit dans le « coin salon » de la boutique, nous nous sentons tout de suite à l’aise.

MLBT : Bonjour Marie, comment en es-tu arrivée à monter ta boutique à Hanoï ?

Marie : J’ai fini mes études en juin 2009, j’avais fait un Bac Arts appliqués et une spécialisation en design produits en Master. Après mes études, j’ai commencé à chercher du travail partout en France. Il y avait énormément de concurrence. Début septembre, j’ai trouvé une annonce sur Pôle emploi international. Ils cherchaient quelqu’un qui faisait du design produit pour une boite au Vietnam. J’envoie ma candidature et Pôle emploi me répond en m’expliquant que ce job est dans le cadre d’une association qui envoie chaque année 15 jeunes de pôle emploi international à l’étranger. J’ai fait 5 entretiens pour eux et ensuite pas de réponse. J’ai attendu et devant l’absence de réponse, j’ai décidé de partir au Cameroun en mission humanitaire. Pôle emploi international m’a rappelé 1 mois après mon arrivée pour me dire que j’étais acceptée et que je commençais un mois plus tard. Cependant, il fallait que je sois revenue dans 2 jours pour les formations en France ! Finalement, ce sont mes parents qui se sont présentés à la réunion de présentation de projet !

Je suis donc revenue en France pour 1 mois. J’étais super déprimée d’être là. Je me demandais ce que j’allais bien pouvoir faire au Vietnam. Je n’étais plus du tout motivée. D’autant plus que, j’ai appris par la suite que toutes les choses qu’on nous a apprises pendant la formation étaient fausses ! En plus, les gens à qui je disais que je partais au Vietnam me disaient n’importe quoi, j’avais vraiment l’impression que c’était la jungle !

Finalement je suis partie et j’ai commencé mon stage. Au début c’était très dur parce que je parlais très mal anglais et je ne comprenais rien. Il n’y avait que ma chef qui parlait anglais et le reste de l’équipe non. Au bout d’un moment, je me suis plongée dans le boulot et j’ai eu vachement de responsabilités. Je faisais plein de choses différentes, du design d’intérieur, de l’aménagement, et de la création. En plus, les Vietnamiens adorent parce qu’on a toute la créativité que eux n’ont pas ! Quand le stage s’est terminé, j’ai été prolongée de 6 mois. Finalement, je suis restée là-bas 2 ans et demi. J’ai terminé mon contrat en mai 2012. J’ai fini par me faire virer parce qu’avec la crise, il y avait une diminution du business. Par exemple, à Hanoï, 8000 entreprises ont fermées en moins de 6 mois ! Ma boss me disait qu’elle n’avait plus assez d’argent pour payer mon salaire. C’était faux car je savais que j’apportais 20 000 $ de chiffre d’affaires par mois.

MLBT : Ca a dû te mettre un sacré coup dans le moral. C’est à ce moment-là que tu as décidé de monter ton entreprise ?

Marie : Je me suis vraiment posée la question de ce que je ferais. L’idée de rentrer en France me déprimait complètement. J’avais vraiment envie de rester à l’étranger. Au départ j’avais le projet de voyager avec ma colocataire mais elle a dû rentrer en France précipitamment. Je ne me voyais pas tout quitter de nouveau pour tout recommencer ailleurs. Un de mes collègues, qui était mon meilleur pote, m’a proposé de monter une entreprise. On en avait déjà parlé plusieurs fois en déconnant et cette fois-ci je lui ai donné mon accord pour qu’on se lance. Je me suis dit : « Si ça marche c’est top, si ça ne marche pas, je n’aurais pas de regrets de n’avoir jamais essayé ». C’est comme ça qu’on a lancé notre entreprise de design intérieur.

MLBT : Comment vous vous y êtes-vous pris ?

Marie : Au début, on voulait juste trouver un petit magasin et faire les papiers officiels plus tard. En fait, toutes les personnes de ma première entreprise nous ont suivies ! On avait déjà les contacts des fournisseurs et certains clients. On a eu notre premier gros client tout de suite qui nous a demandé tous les papiers officiels avant de passer la première commande. Du coup, on a tout fait au nom de Kien, mon associé, et en 10 jours, la boite était créée. Si je l’avais faite à mon nom, j’aurais dû payer 3000$ et des taxes tous les mois. On a fait les démarches pour que je sois embauchée dans ma propre entreprise et j’ai un visa de 21 ans et un permis de résidence.

MLBT : Comment ça marche maintenant ?

Marie : J’ai eu pleins de gros clients qui ont suivis et ça marche du feu de Dieu ! Ça cartonne vraiment et en 5 mois on a remboursé tous les investissements. On va commencer à se payer le mois prochain. C’est incroyable parce que, en 3 ans, je suis devenue boss avec ma propre boite et mes propres meubles. M’expatrier est la meilleure chose qui me soit arrivée !

MLBT : Ça ne te fais pas peur de ne pas être propriétaire ?

Marie : Je sais que je ne suis pas protégée mais je connais tout de Kien, c’est mon meilleur ami et ma famille ici au Vietnam. Le jour où on commencera à gagner de l’argent, on fera un mandat cash pour tout envoyer en France. Ici, on se prend juste de quoi vivre. Moi je prends de quoi payer mon appart et ma nourriture et lui de quoi nourrir sa famille.

MLBT : Est-ce que tu aurais un conseil à donner aux gens qui sont en France et qui se posent la question de l’étranger?

Marie : Je pense qu’il y a deux types de personnes. Il y a les gens qui vont consacrer leur vie au travail et qui sauront faire des concessions pour cela. C’est mon cas. J’ai compris qu’il y avait des opportunités au Vietnam et c’est ça qui m’a fait rester. Je n’ai jamais eu le coup de foudre pour le Vietnam, c’est juste qu’ici, je peux exercer ma passion ! Et il y a les autres personnes qui ont besoin de leur cocon, la famille à côté, et qui, pour cela, sont capables de subir leur travail s’il le faut.

Je suis super proche de ma famille et c’est un vrai sacrifice pour moi. Mais aujourd’hui, avec Skype, le son, les caméras etc. C’est top ! Et puis, ma famille sait que je suis heureuse et épanouie ici.

MLBT : Quelles sont les difficultés de la vie au Vietnam ?

Marie : Le fait qu’ils ne perdent jamais la face. Ils ne peuvent pas avouer qu’ils se trompent ou qu’ils ont fait une erreur. Il y a des jours où tout va bien et quand je suis livrée, je me rends compte que ce n’est pas ce que j’avais commandé !

Ça prend énormément de temps de comprendre comment ils fonctionnent et ça m’aide beaucoup d’avoir un partenaire Vietnamien. Je m’implique dans toutes les relations avec les artisans, je prends le temps de les accueillir, d’aller discuter le bout de gras avec eux et ça aide vachement dans les relations de business.

Ici, quand tu as de l’argent, tu peux tout faire, par contre, la relation avec les Vietnamiens te prends vachement de temps. Il faut d’abord gagner leur confiance. Une fois que tu as gagné leur confiance, ils t’aident énormément.

MLBT : Comment tu fais pour créer cette relation de confiance ?

Marie : Moi, j’étais dans une boite vietnamienne et Kien m’emmenait chez les fournisseurs, chez les artisans, on faisait des diners…

MLBT : Pourquoi avoir voulu créer cette entreprise en particulier ?

Marie : On s’est rendu compte que le design que je faisais cartonnait. On avait des très bonnes relations avec les artisans. En plus, je travaillais pour une chef ingrate. On s’est rendu compte qu’on pouvait faire tout ça pour nous et augmenter nos salaires. A l’époque je faisais tout dans l’entreprise, j’avais pleins de responsabilités et j’apprenais pleins de choses. C’était devenu mon bébé et j’ai voulu que ce soit entièrement pour moi. Et depuis cinq mois, je me réveille tous les matins avec la banane !

D’ailleurs, une des choses à savoir au Vietnam c’est qu’ils préfèrent avoir 20 staffs pour s’occuper de pleins de petites tâches qu’une personne qui fasse 20 tâches différentes. Ils préfèrent répartir le travail.

Quand j’étais dans mon ancienne boite, ils ont embauché 10 personnes d’un coup, je ne trouvais plus ma place. C’est à ce moment là que je me suis posée énormément de questions.

MLBT : Comment est-ce que tu te protèges contre la copie ?

Marie : On ne peut pas réellement. Il faut créer des relations de confiance avec les artisans et toujours créer de nouvelles choses. C’est la meilleure chose à faire.

MLBT : Comment tu communiques sur tes produits ?

Marie : Il y a pleins de moyens ! On travaille actuellement sur un site web, une exposition, des cartes de visites, des événements, des week-ends de promotions, des cadeaux, des goodies… Le but est de maintenir l’attrait auprès des clients qu’on a déjà. Ici, c’est beaucoup le bouche-à-oreille qui fait que ça marche.

Globalement, au Vietnam, les gens se plaignent beaucoup de la qualité des produits. Moi je fais de la qualité et je n’hésite pas à gueuler auprès des artisans s’ils ont fait une connerie. Dans ce cas je leur dis que je les payerais quand j’aurais vendu le meuble raté.

MLBT : Si une amie à toi te dis qu’elle veut venir habiter au Vietnam parce qu’elle trouve que ta vie à l’air géniale, tu lui réponds quoi ?

Marie : Pour faire de la création ou du tourisme, je lui conseillerai de venir, pour les cuisiniers aussi. Surtout avec l’augmentation du niveau de vie au Vietnam, il y a pleins de nouveaux riches qui veulent goûter à cette nouvelle culture.

En plus, les français sont très bien vus ici parce qu’ils sont considérés comme polis. Si j’avais un conseil à donner, je dirais de ne pas venir avec un trop gros projet. Il faut rester humble. Moi je trouve que le Vietnam, c’est difficile d’en partir !

      Maxence Pezzetta

Category: Entrepreneurs
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2 Responses
  1. MARCHAND jean-michel says:

    Marie,
    j’ai rencontré votre maman, Brigitte, ce 24 Septembre, au jardin du Luxembourg, autour des ruches.
    Sachez que mon fils- 3ème cycle de biologie végétale et CAP de boulanger a fait un chemin presque identique au vôtre.
    Il est maintenant installé au Laos –  » boulangeries Le Banneton » à Vientiane et Luang Prabang -sur trip advisor – et sa compagne Phoudeng- mêmes études de biologie- a aussi pratiqué comme vous. Elle est devenue femme d’affaires et conçoit des vêtements féminins en fibre de bambou.
    je vous donne l’adresse email de mon fils : drickher@gmail.com si cela peut vous être utile.
    Jean-michel, le père .
    Votre mère m’a donné votre numéro de téléphone. je serai à Hanoï à partir du 7 janvier 2017

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