Il a monté Paris Délice à Manille

Florian a monté Paris-Délice en plein cœur de Manille. Le concept ? Le croisement entre une boulangerie et une sandwicherie de luxe. L’objectif : Viser la clientèle française mais surtout locale…

My Little Big Trip : Bonjour Florian, tu as monté ton entreprise à l’étranger, plus exactement à Manille, est-ce que tu peux nous en parler ?

Florian : Depuis la crise, il y a beaucoup de jeunes qui arrivent. C’est mon cas. Je viens de Lille, j’ai fait l’ESPEME. Je devais partir en Erasmus et ma directrice m’a proposé de partir aux Philippines. Ils commençaient tout juste les partenariats. J’ai demandé à faire un an pour améliorer mon anglais. Je suis arrivé en 2005 et à l’époque il n’y avait pas du tout de français sur le campus. Sur 15 000 étudiants, on était seulement 5 ! Pendant cette année, j’ai beaucoup plus appris en dehors de l’école qu’à l’école.

Il y avait un de nos très bons potes philippins qui a fait ses études à Angers. Il est maintenant mon partenaire. On a donc monté un projet avec lui et Thibault, mon autre partenaire.

Notre but au départ était d’importer des produits venant des Philippines vers la France. On voulait importer nos meubles designs. Ils ne sont pas très bons en volume ici mais ils sont très très bons en qualité et en design, surtout à Cebu ! On a étudié aussi l’importation des perles mais c’est très compliqué.

Le problème c’est que la crise est tombée à ce moment-là et que les meubles n’avaient pas du tout le même succès. Du coup on a procédé à l’inverse. On a étudié ce qu’on pouvait ramener aux Philippines qui venait de France.

On s’est rendu compte qu’aux Philippines, il y avait beaucoup de mal bouffe. Pour vous donner un exemple, j’ai pris 10 kilos en 1 an (rires). On a aussi constaté que les Philippins commençaient à vouloir changer et faire varier leur alimentation. Surtout les milieux aisés. On s’est donc intéressé à la nourriture française. De ce fait, j’ai contacté une personne d’une chaine de boulangeries en France pour savoir si on pourrait faire un partenariat.

MLBT : Ah bon ? Mais pourquoi la boulangerie ?

Florian : Parce qu’on est français et qu’on voulait faire de la bonne bouffe française. Je suis revenu aux Philippines pendant 6 mois avec un mec de cette boulangerie concurrente que je ne peux pas nommer. A l’époque, le but était de monter cette enseigne aux Philippines en implantant une franchise.

MLBT : Comment procède t-on pour faire une étude de marché aux Philippines ?

Florian : Je suis allé à la mission économique dans un premier temps mais il y avait peu de dossiers concernant la restauration et surtout dans le domaine du pain. Le mieux, est d’aller directement voir les cafés / restaurants et de poser les questions. Pour être aidé par la mission économique il faut avoir une boite en France et venir ici. Le but est d’importer des entreprises françaises à l’étranger. Mais globalement on a les infos par nous-même.

MLBT : Qu’est-ce que tu aurais aimé trouver dans un site comme My Little Big Trip ?

Florian : Déjà, le networking. Quand tu arrives, il faut que tu te fasses un réseau de toutes les nationalités pour avoir différents sons de cloches. Il faut réussir à démêler le vrai du faux.

MLBT : Comment rencontres-tu les gens ?

Florian : Je savais que je voulais une entreprise dans le pain. J’ai donc été dans tous les trucs qui vendent du pain, des sandwichs etc. Je passais dans les restaurants à midi pour savoir à combien ils tournaient. J’ai visité les centres commerciaux pour savoir où m’implanter. Si tu veux monter ton business hors de France, surtout dans des pays en développement, il faut être prêt à prendre des risques monstrueux.

MLBT : C’est possible pour des français de trouver un travail ici ?

Florian : Il y a évidemment des entreprises qui préfèrent employer des français pour l’efficacité et leur diagnostic. Pour un patron français, le but sera de faire progresser son entreprise, même quand ça marche. Alors que pour un patron Philippin, dès que ça marche un peu il se relâche, il part en vacances en laissant les employés tout seuls par exemple. Ce n’est pas facile de trouver ici mais c’est possible.

MLBT : Pourquoi vient-on aux Philippines plutôt qu’ailleurs ?

Florian : Déjà, ici, tout le monde parle anglais, contrairement au Vietnam, au Laos, à la Thaïlande etc. Ici, le droit commercial est américain. Les Philippines c’est aussi une des belles croissances d’Asie du Sud-Est.

MLBT : Pourquoi ?

Florian : Essentiellement grâce à la croissance locale et aux philippins qui travaillent à l’étranger.

MLBT : Ici on cherche à avoir une meilleure qualité de vie ou on cherche à s’enrichir ?

Florian : Tu ne viens pas ici pour la qualité de vie. On est dans une capitale très polluée, stressée, bruyante et avec pleins de maladies. Par contre, hors de Manille, il y a pleins de paysages incroyables. Après, si je suis venu ici c’est pour faire mon trou et pour vivre une expérience incroyable.

MLBT : Pour revenir sur Paris-Délice, c’est quoi ton but ?

Florian : Ça ne s’est pas bien passé avec le concurrent donc je parlais toute à l’heure. Il y avait beaucoup trop de contraintes à monter une franchise pour lui. Donc je me suis mis à bosser pour Class’Croute en France en tant que livreur pendant 1 an. Le but était de voir comment fonctionnait une chaine comme celle-là. Je voulais faire un mix entre Paul qui faisait de la boulangerie et Class’Croute qui faisait des sandwiches haut de gamme.

MLBT : Tu importes de la France ?

Florian : Oui, ça prend un mois à arriver mais j’importe tout congelé. Ça fait environ 6 ou 7 conteneurs par an. C’est pour ça que j’ai étudié le concurrent dont je parlais au début, Class’croute et Paul.

MLBT : A t’entendre on a l’impression que tu connaissais très bien la méthode.

Florian : Quand on monte une entreprise, il faut savoir qu’il faut être prêt à tout. J’ai été livreur après mon école de commerce, j’ai mis plusieurs mois pour trouver un emplacement, je n’avais aucune vie sociale au moment du lancement.

MLBT : C’est quoi ta motivation ?

Florian : Être mon propre patron. Si j’avais monté une franchise comme c’était prévu initialement, l’objectif aurait été de monter 10 restaurants en 9 ans. Par contre j’aurai eu plus de pressions, plus de contraintes, notamment de devoir avoir les prix imposés par la France qui ne connait pas le marché ici.

MLBT : Mais, ça ne coute pas trop cher ?

Florian : Non, pas tant que ça. Je congèle tout, j’ai des grandes chambres froides et le matériel adéquat. Pour réussir, il faut savoir faire un mix entre les goûts français et philippins. Par exemple la mayonnaise française et la mayonnaise philippines n’ont rien à voir. Du coup on a trouvé une mayonnaise japonaise pour qu’elle puisse s’adapter aux deux goûts.

MLBT : C’est impressionnant, tu n’y connaissais rien et tu as quand même réussi à faire tout ça !

Florian : Déjà  j’y suis allé petit à petit en me renseignant auprès des concurrents français. Après j’ai dû me renseigner pour le statut juridique de la société. Ça m’a couté 6 mois de travail. Ici, la majorité des gens ont un prête-nom. Ce n’est pas mon cas.

MLBT : Comment as-tu fait ?

Florian : Il faut aller voir plusieurs avocats et affûter les questions au fur et à mesure. Il faut aller chercher les différents sons de cloches. La mission économique m’a beaucoup aidéau niveau de la structure juridique et l’école dans laquelle j’ai fait mon échange aussi. Il faut aussi aller chercher des infos au SEC qui est la Security Exchange Commission. C’est le FISC ici.

MLBT : Quel est le but de Paris Délice ?

Florian : Attirer les philippins,en faisant découvrir la culture culinaire française à moindre coût.. pas uniquement les français. Par exemple, pour le nom « Paris Délice », on a choisi Paris parce que c’est plus connu que le mot « France ».

MLBT : Quel est le prix de l’immobilier ?

Florian : C’est hors de prix ! Et un prix qui est encore plus affolant, c’est le prix de l’électricité ici ! J’en ai pour 1 300 euros par mois alors que pour la même surface, en France, j’en aurais pour 400 euros.

MLBT : Est-ce que tu arrives à être plus rentable que ce que tu serais en France ?

Florian : Ici, la baguette je la vends 75 pesos. En France c’est moins cher. Aujourd’hui, mon panier moyen est équivalent à mes concurrents en France ! J’ai moins de taxes et moins de frais, moins de coûts de personnel mais un fort coût d’électricité.

MLBT : Comment comptes-tu faire pour la retraite ?

Florian : Déjà, je ne pense pas avoir de retraite, ensuite, je cotise à la CFE et en plus, aux Philippines, il y a une double imposition ce qui fait que, si je paye mes impôts ici, je ne peux plus être imposé en France. C’est un tout petit peu plus avantageux ici.

MLBT : Tu as été soutenu par tes proches en arrivant ici ?

Florian : Par mes proches restés en France, totalement! Par contre sur place, le soutien est limité. Pour moi, le seul moyen de réussir c’est la volonté et le boulot ! Quand je suis arrivé ici, je dormais 3h par nuit.

MLBT : Qu’est-ce qui t’a motivé ?

Florian : Quand il y a un truc qui marche aux Philippines, le business est racheté. Je suis plus dans la création que dans le développement. Il est clair que, dans tous les cas, tu galères pendant 2 ou 3 ans comme partout.

MLBT : Quelle est ta vision de la France ?

Florian : Pour moi, plus tu es en dehors de la France, plus tu en es amoureux. Plus tu vis loin de la France, plus elle te manque. Quand j’entends ma famille qui se plaint, je lui dit d’aller voir ailleurs. Après, le truc typiquement français, c’est de penser que l’herbe est plus verte ailleurs mais ce n’est pas vrai. Je ne suis pas en maillot et collier de fleurs toute l’année. Je galère dans mon boulot, j’ai la pollution, la pauvreté ainsi que la différence culturelle.

MLBT : Nous on a l’impression que tout est lent ici, rien n’est efficace.Qu’en penses-tu?

Florian : Vous n’imaginez pas ce qu’on a vu ici ! On ne t’apprend pas ça à l’école, c’est uniquement du terrain. Ici, si tu veux investir dans le pays et être serein, il faut avoir un visa investisseur. Le capital est censé être bloqué 1 mois. Le mien a été bloqué pendant 7 mois !

J’ai dû faire démonter trois fois les toilettes de mon restaurant pour que ce soit fait correctement. Je n’arrivais pas à m’assoir dessus ! Au bout de plusieurs mois je me suis rendu compte que les ouvriers qui avaient fait les travaux avaient laissé 6 néons allumés 24/24 dans le faux plafond.

En France les difficultés ne sont pas les mêmes.

MLBT : Il n’y a pas de problèmes de racket avec la mafia ?

Florian : Moi j’ai mis 7 mois à ouvrir. Je connais des personnes qui ont mis deux mois parce qu’elles ont décidé de mettre des dessous de table. On a le choix d’être clean ou non. Nous, on n’a pas mis un pesos sous la table et heureusement parce du coup on est moins sollicités.

MLBT : Quelles sont les fausses idées reçues que tu as entendu ?

Florian : Déjà, la liberté par rapport au staff qui est plus libre qu’en France n’est pas vraie. On ne peut pas virer si facilement alors qu’eux peuvent partir du jour au lendemain.

MLBT : Est-ce que c’est dangereux de vivre et de travailler aux Philippines ?

Florian : Oui, ici ils sont très bons en intimidation, pour mettre la pression etc. il ne faut donc pas jouer avec le feu, maintenant quant tu es serieux et que tu fais tout pour t’adapter et te faire adopter par les philippins, il n’y aura pas de problème.

MLBT : Comment fais-tu pour les motiver ?

Florian : Le staff philippin n’est pas simple à manager, la différence de culture entre nos deux pays est forte et la méthode de management est complétement différente. Déjà, il y a beaucoup de boulot donc ils peuvent partir du jour au lendemain. Là je commence à avoir une bonne équipe mais ça fait deux ans que j’y travaille. C’est très dur de tisser la confiance.

MLBT : Malgré tout, tu restes ici ?

Florian : Ici la croissance est conséquente (7% par an), et il est plus facile de se faire son trou sans expérience qu’en France. On est plus vite pris au sérieux.

Malgré les embûches, les contraintes, la majorité des problèmes se résolvent avec le sourire et sous le soleil.

       Maxence Pezzetta       

Category: Entrepreneurs
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2 Responses
  1. Julie says:

    Bonjour
    Je viens de m’expatrier avec mon conjoint a subic bay. Il est chef patissier boulanger. En france nous avons plusieurs magasins. Nous travaillons ici pour un patron qui a plusieurs business et nous voulons ouvrir un deli à Subic pour manger du bon pain, boire du bon café et manger du bon chocolat!
    Je n’ai pas de questions particuliere juste un millier de question sur la vie d’ici et une grande envie de partage car moi ici je n’ai aucun francais autour de moi et le bleu blanc rouge me manque deja!
    Alors si vous avez envie de discuter ecrivez moi julie marquis FB

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