Karine : Responsable Marketing à Sydney

Karine Buron Tobin est responsable marketing et habite à Sydney depuis maintenant 2 ans et demi. S'expatrier en Australie - Sydney - Témoignage - Karine Buron TobinElle nous raconte son histoire et donne tous les conseils pour trouver un travail et réussir une bonne expatriation en Australie.

Bonjour Karine : Comment en es-tu venue à t’expatrier en Australie ?

Karine : L’Australie j’y pensais déjà depuis la terminale. J’ai fait un BTS communication des entreprises puis j’ai intégré l’École Supérieure de Commerce de Montpelier que j’ai terminée par une année en double diplôme international de Commerce et Gestion en partenariat avec la Trobe University de Bendigo dans le Victoria en Australie. C’était une formation en e-learning donc je n’étais pas sur place. J’ai toujours regretté de ne pas y être allée.

J’ai terminé mes études en 2005. J’ai mis 7 mois à trouver mon premier job. C’était dans la location de voitures et ça ne me plaisait pas vraiment. J’ai ensuite trouvé différents postes de marketing mais encore une fois, je ne m’y sentais pas vraiment bien. Il y a plusieurs choses qui me dérangeaient : la barrière avec la hiérarchie,  le fait qu’on ne te fasse pas confiance quand tu débutes, le fait que les français n’ont pas vraiment de budget marketing, d’autant plus quand ce domaine passe au second plan en cas de crise. De plus, il n’y a pas souvent de récompense ni de reconnaissance du travail bien fait. On te dit toujours ce qui ne va pas et pas ce S'expatrier en Australie - Sydney - Témoignage - Marketing - Karine Buron Tobinqui va bien.

Mon dernier poste de responsable marketing était a Monaco et j’ai été virée à la suite d’un congé maladie, sous prétexte de la crise. . Je me suis remise à chercher. Pendant 10 mois j’ai envoyé 3000 CV sans réponse favorable. J’en ai eu assez et comme j’avais toujours eu dans l’idée de partir en Australie, j’ai décidé de tenter l’expérience. En plus la mentalité française et le climat social me déprimait et je me sentais rejetée parce que je n’avais pas de travail.  Je suis allée vivre chez mes parents pendant 3 mois avant mon départ pour mettre un peu d’argent de côté et je suis partie le 27 octobre 2010.

MLBT : Donc ta première destination était Sydney ?

Karine : Non, j’avais un ami français à Melbourne, je suis donc allée le voir. J’ai même trouvé un job d’une journée là-bas pendant mes 10 premiers jours de vacances. Ensuite je suis allée à Brisbane parce que j’en avais entendu du bien mais ce n’a m’a pas vraiment plu. Après 3 jours à Brisbane je suis partie faire du fruit picking avec des filles que j’ai rencontrées dans une auberge. C’était une expérience ! J’ai rencontré plein de français là-bas et à l’issue du fruit picking on a fait un road trip jusqu’à Sydney tous ensemble. Mon besoin d’aventure et de grand espaces était satisfait.

MLBT : Qu’as-tu fait une fois arrivée là-bas ?

Karine : Je me suis mise à chercher du travail. La vie à Sydney coûte très cher donc j’essayais d’économiser un maximum. Je faisais tout à pied, je mangeais des nouilles chinoises tous les jours. Après 10 jours de recherche j’ai trouvé 2 jobs dans la restauration. Mais même dans ce domaine ils sont réticents à prendre des WHV (=visa vacances travail) parce que il y en a pleins qui disent qu’ils vont rester 3 mois alors qu’ils restent une semaine et s’en vont. J’ai trouvé dans un café de 7h à 12h et l’après-midi et le soir je travaillais dans un pub.

MLBT : Combien cela te rapportait-il ?S'expatrier en Australie - Sydney - Témoignage - Marketing - Karine Buron Tobin

Karine : Au café je faisais 14$ de l’heure et au pub 20$ de l’heure. Au début je ne faisais pas beaucoup d’heures au pub parce que l’employeur ne me connaissait pas. Une fois que j’ai gagné sa confiance,  je faisais 50h à 60h par semaine avec les deux boulots cumulés. Ça représentait 600-800$ par semaine. Attention, il ne faut pas trop compter sur les pourboires. C’est vrai que ce n’était pas un boulot très qualifié mais ce qui m’intéressait c’était l’expérience et le contact humain. Surtout que tu rencontres beaucoup de gens parce qu’ici il y a une culture du pub et du café donc les gens sont des habitués et tu finis par les connaitre. Par exemple, le jour de mon départ la plupart des habitués du pub sont venus, m’ont donné des contacts, m’ont aidé financièrement etc.

MLBT : On a entendu dire qu’il y avait des permis à passer pour travailler dans la restauration en Australie ?

Karine : Oui, moi j’ai passé mon RSA et mon RCG. Le premier est un permis pour servir de l’alcool et le second pour travailler dans les casinos. Il y a aussi des pubs où tu peux travailler dans les salles de jeux qui se trouvent non seulement dans les pubs mais aussi dans les clubs et les casinos).

MLBT : Est-il simple de trouver un travail ?

S'expatrier en Australie - Sydney - Témoignage - Marketing - Karine Buron TobinKarine : Oui si tu t’accroches. En ce qui me concerne, j’ai fait tous les restaurants de la ville. Tous les jours je partais à 7h du matin et je revenais à 19h pendant 10 jours. Sinon il y a beaucoup d’annonces dans les auberges de jeunesse, notamment dans la construction. Ce qui est super c’est que ça permet de renouveler le visa il faut déjà avoir de l’expérience dans ce domaine, et la demande australienne est forte, donc les places sont rares.

MLBT : Ressens-tu la concurrence asiatique dans la vie de tous les jours ?

Karine : Oui, notamment dans la restauration en centre commercial et les jobs peu qualifiés en général. Ils sont très solidaires et ne parlent pas très bien anglais. Leur stratégie c’est de travailler tous ensemble et de s’entraider. Ils ont de vraies valeurs familales et cumulent leurs revenus pour pouvoir acheter/ louer leur logement. .

MLBT : Qu’en est-il du coût de la vie?S'expatrier en Australie - Sydney - Témoignage - Marketing

Karine : Maintenant que je suis vraiment installée, et même avec un bon niveau de revenus, la vie reste très chère. Mon mari et moi faisons vraiment attention a nos dépenses, car on envisage d’acheter prochainement et les logements sont a des prix très élevés en zone urbaine. En nourriture, il faut compter 300$ par mois pour deux en faisant attention. Pour le logement quand je suis arrivée je partageais une chambre que je payais 150$ par semaine, c’était une maison moderne et j’étais dans le centre-ville. Là je paye 1500$ par mois pour un trois pièces. Et au niveau des transports il faut compter 2$ à 3,5$ le ticket de bus. Le train reste cher, le taxi encore plus, mais tout dépend du trajet à effectuer.

MLBT : Est-il facile de trouver un appartement à Sydney ?

Karine : Ça dépend. Quand je suis arrivée j’étais seule et je n’ai pas eu de problème à trouver un appartement parce que je cherchais une collocation. Après pour une vraie location c’est peut-être plus compliqué quand tu es en WHV. D’autant plus que leur mode opératoire est différent, ici les visites se font en groupe et si tu es intéressé tu laisses ton dossier.

MLBT : Les agences se basent sur quoi ?

S'expatrier en Australie - Sydney - Témoignage - MarketingKarine : Le salaire, le visa que tu as, le travail que tu fais, le contrat que tu as. C’est un peu comme en France. Mais globalement le plus important c’est le salaire.

MLBT : Tu nous parlais de ta soirée de départ dans le pub. Qu’as-tu fait ensuite ?

Karine : J’ai travaillé 6 mois dans ce pub et plus du café dont je parlais plus tôt. A l’origine je voulais refaire du fruit picking. Entre temps mes plans ont changés car j’ai rencontré mon mari actuel. Il est australien et je l’ai rencontré au pub où je travaillais. Après quelques mois il m’a demandé en mariage, on s’est installés ensemble et on s’est mariés quelques mois plus tard. Ensuite, j’ai cherché un job dans le marketing. Au départ, j’en ai trouvé un au nord de Sydney avec 1H30 de transport.

MLBT : Comment as-tu fait ?

Karine : J’ai postulé à toutes les offres d’emploi qui me plaisait. Je me suis appliquée à faire une lettre de motivation personnalisée à chaque fois. J’étais devenue complètement bilingue. J’ai mis 3 semaines à trouver ce premier travail dans le marketing notamment grâce au fait que mon visa allait changer de WHV à partner visa. C’était vraiment un poste basique en marketing. J’ai commencé en juillet 2011 et j’ai arrêté en décembre car mon visa ne me permettait finalement pas de travailler plus de 6 mois (les conditions de travail étant restées les mêmes que celles de mon WHV). J’ai dû faire des demandes à l’immigration pour avoir l’autorisation de travailler à durée indéterminée. Ensuite j’ai eu mon visa temporaire fin mars 2012 et n’ai jamais cesser de chercher du travail depuis janvier 2012. J’ai commencé à mon poste actuel fin mai 2012.

MLBT : Que fais-tu maintenant ?

Karine : Je suis responsable marketing d’une marque de produits blancs pour le groupe Shriro Australia, une filiale d’entreprise familiale chinoise qui regroupe différentes marques de produits distribués sur le marche australien.S'expatrier en Australie - Sydney - Témoignage - Marketing

MLBT : Qu’en est-il du management ?

Karine : C’est vraiment différent de la France. Par exemple, mon patron m’a offert du champagne à Noël pour me remercier de la qualité de mon travail.

Les australiens sont très relax. Mais il ne faut pas penser qu’ils sont toujours comme ça, ils ont aussi des coups de pression. Ma vision c’est qu’ils savent travailler, ils savent mettre le pied à l’étrier et ils savent aussi prendre du temps quand c’est plus calme. Par exemple pendant la période très prenante du lancement de notre nouvelle gamme, je me suis beaucoup investie et je ne comptais pas mes heures. A l’inverse, je peux aller chez le médecin comme je veux, je n’ai pas besoin de demander une autorisation. A partir du moment où ils te font confiance c’est bon. Bien sûr il ne faut pas non plus abuser.

S'expatrier en Australie - Sydney - Témoignage - MarketingCe qui est bien c’est que tu ne dois pas tout le temps te justifier. Il y a aussi beaucoup d’évènements dans l’entreprise et beaucoup de choses organisées avec les collègues. Une semaine après mon arrivée, on a fait 5 jours de conférences à Fiji. On travaillait la journée et on se détendait le soir. Il n’y a pas la relation à la hiérarchie qu’on a en France. Et ici, on ne te dénigre pas par rapport à ton âge et/ou ton expérience.

MLBT : Qu’en est-il du niveau de salaire en Australie ?

Karine : Pour vous donner un exemple, mon premier job était un job au niveau débutant et j’étais payée 45 000$ par an. Ce à quoi il faut ajouter 9% de cotisations retraite que te paie ton employeur. Si tu décides de quitter le pays, tu peux le récupérer. Et là actuellement j’ai un haut niveau de job avec des responsabilités managériales et je suis à 75 000$ par an avec possibilité de bonus à 5000$. Quand je suis arrivée il y a 6 mois j’étais à 70 000$ par an. On a des promotions très rapidement. Je pense que comme les gens trouvent du travail facilement ils ont peur que tu partes donc ils te donnent ton augmentation avant que tu la demandes quand ils estiment que tu es une vraie valeur ajoutée pour l’entreprise.

MLBT : Est-ce que tu aurais un conseil aux personnes qui viennent en WHV et qui pensent à s’expatrier en Australie ?

Karine :Il ne faut pas croire que tu trouveras un travail en deux secondes. Aussi, tout dépend du genre du niveau de qualification requis du travail recherché.

Pour un travail de cadre qualifie, il faut compter 3-4 mois pour quelqu’un de bilingue avec visa de résident temporaire. Pour un non-bilingue, il faut d’abord perfectionner son anglais (en travaillant dans la restauration par exemple) avant tout entretien d’embauche pour éviter d’accumuler les échecs et donc de perdre sa motivation.  Dans ce cas, la recherche d’emploi s’effectue sur les sites d’emploi en ligne ou grâce aux réseaux sociaux professionnels.S'expatrier en Australie - Sydney - Témoignage - Marketing - Auberge de jeunesse

Pour quelqu’un qui cherche a rester le plus longtemps possible en Australie, je conseillerais de commencer par faire du fruit picking afin d’être sur de pouvoir rester 1 an de plus; tout en notant qu’il sera très difficile d’obtenir un travail de cadre qualifié alors qu’il est impossible de travailler plus de 6 mois pour le même employeur. Si les études vous intéressent, un visa étudiant est intéressant dans le sens ou tout en étudiant, vous pouvez travailler un peu et rechercher un travail qui sera sponsorisé pour la suite.

Ceci étant dit, on ne peut pas vouloir vivre dans un pays étranger pour toute sa vie sans y avoir vécu au minimum quelques mois. Il faut apprendre à connaître la mentalité des gens, leur culture et leur style de vie. Et même sachant tout cela, je pense qu’il faut aussi avoir les bonnes raisons de rester car c’est très dur au quotidien d’être loin de sa famille et de ses amis. Il faut 48 heures aller-retour juste pour effectuer la distance qui nous sépare de nos proches. Même en ayant des contact réguliers par Skype ou Viber, j’ai manqué la naissance de ma nièce, je n’ai pas pu être la quand mes parents ont eu des problèmes de santé. Je vis ici parce que j’ai eu le bonheur d’y rencontrer mon mari mais pour un célibataire attaché à sa famille ça doit être très difficile. Il faut pouvoir gérer la distance et prendre sur soi. Si tu es déjà bilingue tu mettras 3-4 mois. Si tu ne l’es pas, travaille ton anglais avant parce que si tu vas en entretien alors que ton niveau d’anglais n’est pas bon tu vas te crucifier.

Après la vie ici est très chère mais dans l’ensemble les gens sont formidables. J’ai vu dans vos interview que d’autres personnes disaient que les australiens étaient favorisés pour trouver du travail mais je trouve que c’est une bonne chose. Ils font aussi très attention à l’équilibre vie professionnelle/ vie personnelle. Et comme tout pays, il ne faut pas croire que tout le monde est riche, il y a aussi des gens pauvres ici mais ça se voit moins. Il y a des HLM mais en général ce sont des maisons qui sont mélangées au milieu des autres. Il y a beaucoup de personnes qui galèrent parce qu’il n’y a qu’une S'expatrier en Australie - Sydney - Témoignage - Marketing - Plagepersonne du couple qui travaille pour une famille de trois enfants. Et il n’y a pas autant d’aides qu’en France.

Dans l’ensemble je trouve que les australiens sont très honnêtes. Ils font aussi beaucoup de donations, beaucoup de charité. Par exemple, là je vais faire une course à but caritatif avec mes collègues de travail, la participation est de 40$ et beaucoup ont donné pour la cause sans forcément participer a l’événement.

L’Australie m’a beaucoup plus donné que ce que j’ai pris. Ce que j’ai envie de dire aux français c’est : si vous venez, venez pour découvrir le pays, sans en attendre trop, vous n’en serez que davantage surpris. Ramenez de la joie et laissez tout ce que vous connaissez à l’aéroport, ne venez pas avec le négatif français, ne venez qu’avec le positif et restez ouverts d’esprit.

         Maxence Pezzetta 

Category: Expatriés
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6 Responses
  1. Matthieu says:

    Bonjour Eugetmax,

    Merci pour cette interview menée.

    Actuellement en train de me pencher sur un potentiel départ à Londres ou en Australie, afin de travailler dans le marketing, cet article me permet de me rendre compte d’une certaine réalité.

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